Le lendemain, dès les premières lueurs de l'aube, Débolith partit en chasse. Elle avait mal dormi, elle se sentait seule. Incapable de dormir dans la grotte où elle avait passé sa vie avant le massacre, elle avait pris sa nuit dans un arbre et avait eu froid loin de la chaleur de ses frères.
Pour se réveiller et réveiller son corps engourdi, elle entama une longue course à travers la forêt, essayant d'être la plus rapide possible sans faire plus de bruit. Elle parvint ainsi à surprendre un faon qui s'était éloigné de sa mère. Au moment de passer à l'attaque, Débolith imagina la détresse de la mère lorsqu'elle ne retrouverait pas son petit.
"De quel droit vais-je prendre cette vie?"
"Tu as le droit de te nourrir, c'est la loi de la nature"
"Oui, mais ce n'est pas un adversaire à ma hauteur il n'a aucune chance."
"Depuis quand la nature est-elle juste? Tu dois te nourrir, pas te fatiguer contre un plus gros que toi"
Ce dialogue muet se déroulait dan son esprit et elle s'en rendit compte lorsque le faon fini par rejoindre sa mère.
"Je me parle à moi-même... je deviens folle en plus".
Elle opta finalement pour un vieux sanglier qu'elle transperça d'un pieu. La viande était dure et abîmait ses dents inadaptées.
"Je vais la cuire, ce sera plus tendre" elle alluma donc un feu et cuisit le vieux mâle, qui s'avéra nettement plus savoureux de cette manière.
Plus tard, elle découvrit les traces des enfants. Elle les suivit et s'aperçut qu'ils avaient tournés en rond dans la forêt. Après plusieurs dizaines de minutes, elle sentit une forte odeur de sang. Accélérant, elle commença à entendre des bruits de cris et sentit une autre odeur particulière.... Un Ours.
Elle courait à toute vitesse maintenant, et arriva sur le lieu du drame. L'Ours avait surpris les enfants, et si le plus grand tenait le monstre en respect avec une branche enflammée, une des plus jeunes n'avait pas eu le temps de se mettre à l'abri et les autres assistaient impuissants à la scène. L’ours avait attrapé la jambe de la gamine et lui avait asséné plusieurs coups de pattes. L’enfant ne bougeait plus et saignait abondamment. L’ours la tirait plus loin, hors de la clairière.
"J'y crois pas, elle vit encore" La fillette était gravement blessée mais gémissait pendant que l'ours la traînait vers sa grotte.
"Il ne la mangera que là-bas, j'ai un peu de temps"
Débolith avait remarqué pendant sa course qu'elle était beaucoup moins rapide que la nuit.
"Je ne sais pourquoi, mais je dois faire avec"
Elle se rapprocha des enfants qui brandirent la branche.
"On se calme les gosses. Pourquoi êtes-vous partis du vaisseau ? Vous y étiez en sécurité."
Une des gamines s'avança mais l'aîné la retint
"- Ne t'approche pas !" Il s'adressait aussi bien à Débolith qu'à sa petite soeur.
"Je ne vous veux pas de mal, pourquoi n'avez vous pas pris les armes?"
"- Casses-toi!", lâcha l'aîné
"A votre guise. Mais votre soeur vas se faire bouffer, et ça ne va pas lui plaire... Et comme en plus c'est la saison des jeunes, ça risque de prendre beaucoup de temps si elle ne meurt pas tout de suite...
-TAIS-TOI!" Les enfants avaient blanchi et l'aîné semblait très en colère.
"Il n'a pas su la défendre, il s'en veut"
Une petite voix se fit entendre
-"Sauve-la, s'il te plaît"
- Emilia!" Le grand frère avait plaqué sa main sur la bouche de la plus jeune. "C'est notre ennemie, tu as déjà oublié ce qu'elle a fait à maman et à Jim, et a Scypher, et à Lamia?"
L'enfant secoua la tête, des larmes coulaient de ses yeux. Débolith avait l'impression que cet enfant n'avait jamais souri. Elle avait un visage triste et les yeux éteints.
"Tires-toi, t'en a assez fait. Je te jure qu'un jour tu nous le paieras!"
"Il est courageux", pensa la fille loup.
"Ok, tu te vengeras, et tu me tueras, mais t'as pas envie d'attendre un peu et qu'on ramène ta soeur avant?"
Débolith cru voir un sourire apparaître chez certains des enfants, même la petite Emilia semblait un peu moins triste. L'aîné lui, semblait perturbé..
"Je ne vous ferez aucun mal, je vous le promets."
"- Pourquoi on te ferait confiance? Tu as tué toute notre famille.
- Et bien, ne le fais pas, et laissons ta soeur mourir..."
Le plus grand réfléchissait à toute vitesse.
- C’est d’accord, mais au moindre geste suspect, je te démolis !
"Gagné" pensa Débolith, pendant qu’un poids très lourd s’éloignait des ses épaules.